Le Jour d'Algérie ; 4 novembre 2006 ; Hacène K.
Dans le cadre des rencontres organisées par le XIe Sila, l'écrivain Yasmina Khadra a été l'hôte jeudi dernier du café littéraire pour animer une conférence-débat au cours de laquelle il a présenté la trilogie de ses œuvres : «l'Attentat» , «les Sirènes de Baghdad» et « la Rose de Blida» .
Venu nombreux, le public a pu suivre le combat que mène l'ex-officier de l'armée algérienne, Mohamed Mousselhoul – alias Yasmina Khadra– , à travers ses écrits, notamment «l'Attentat» et «les Sirènes de Baghdad» , à travers lesquels il s'est longuement attardé. Au cours de la conférence-débat, le côté style et l'aspect esthétique littéraire ont été supplantés par le discours engagé de l'auteur. «J'essaie de lutter contre l'idée qui veut présenter le terrorisme comme un cas pathologique».
Le long de la rencontre, l'accent a été en effet, mis sur les axes forts qui alimentent l'actualité occidentale : terrorisme, extrémisme, islamisme, entre autres. Interrogé sur ce désir d'écrire sur ses sujets liés directement à l'actualité et qui sont déjà illustrés dans ses romans «les Hirondelles de Kaboul» et «l'Attentat» , Yasmina Khadra indique que ses livres qui se situaient en Algérie lui «ont permis d'être reconnu un peu partout, y compris aux Etats-Unis» et qu'il «avait envie donc de profiter de l'intérêt qu'on (lui) porte pour dire le monde» .
«A travers mes livres, je prends l'Occidental par la main et je l'emmène au commencement du malentendu. Je le sensibilise et lui prouve que ce monde-là ne traverse pas une crise idéologique mais politique» , dit-il. «Certains croient, à tort, que le terrorisme est une seconde nature chez les Arabes et les musulmans. Or, ce sont précisément ces derniers qui en souffrent le plus et qu'on essaye d'isoler ainsi dans leur tragédie.»
Pour Yasmina Khadra, le terme «intégration est diaboliquement raciste» dans la mesure, souligne-t-il, où «nous assistons à une désintégration du peuple palestinien (…). Je milite à ma manière contre cette idée et contre celle qui veut présenter le terrorisme comme un cas pathologique» , commente le conférencier qui, par ailleurs, ne va pas de main morte pour «fouetter» littéralement la nation arabe qui «s'est dévitalisée» .
Yasmina Khadra explique les motivations qui l'ont conduit à écrire «l'Attentat» , (un livre écrit en quatre mois) qui, rappelle-t-il, a été violemment critiqué par des régimes arabes à telle enseigne que «certains ont voulu faire accroire que je fais l'apologie du sionisme» , dira l'auteur, qui répond à ses détracteurs que le «livre désarme plutôt Israël» . Interrogé sur son parcours en tant que militaire à celle d'écrivain, Yasmina Khadra ne voit pas utile de commenter une nouvelle fois son passé d'ex-officier et pour lui, le combat est ailleurs.
«Ce qui m'anime en tant qu'écrivain, ce n'est pas la notoriété, sinon «je prête ma voix à ce qu'on ne veut pas écouter» , avant de poursuivre : «Je donne au lecteur à voir ce qu'on voudrait qu'on lui cache» . A une question relative à sa propension au manichéisme, l'auteur de «Morituri» dira que la conception d'écrivain puise son essence de «la liberté et de l'intelligence» et «si les critiques relèvent une dose d'humanisme dans mes écrits, c'est tant mieux» .
Dans «l'Attentat » qui sera porté à l'écran (scénario confié à un metteur en scène libanais), Yasmina Khadra précise qu'il tient à faire «montrer les différentes facettes qui conduisent à ce basculement et éviter ainsi d'enfermer la colère dans un seul moule, voire une vision étriquée» . Pour moi «la violence est partout, elle est humaine» , renchérit-il. Revenant sur les écrivains qui ont marqué son enfance, Mohamed Mousselhoul, cite l'écrivain Malek Haddad qui a bouleversé son enfance, un écrivain qui a su faire parler les murs.
L'orateur terminera sa conférence sur une note de regret, suite à la publication d'un écrit dans un quotidien arabophone, dans lequel une des œuvres du romancier Anouar Benmalek est mise à l'index. «C'est criminel de la part de la journaliste de «commettre un papier» de nature à mettre en péril la vie de l'écrivain qui, selon lui, a été destinataire d'une lettre de menace» , conclut l'enfant de Kenadsa.
