Le jeune indépendant ; 10 juin 2007 ; Belkacem Rouache
Chronique d’un homme perturbé
Le roman commence par : «Tu fais peur à tout le monde», m’a dit Delphine» hier soir, en guise de point final à un dialogue qui risquait de s’envenimer.» C’est dans un style fluide que François Weyergans aborde cette histoire autobiographique, car on s’aperçoit qu’il est lui-même le héros de son roman, un écrivain qui passe son temps à dire qu’il va écrire.
«J’ai touché de l’argent pour écrire des livres dont je n’ai rédigé que les débuts. Je ne publie plus. Je n’en n’ai plus envie.» Lui au moins touche de l’argent sans avoir publié son livre. Ce n’est pas le cas chez nous où il doit payer pour publier.
Ce n’est pas grave, chez nous aussi on peut toucher de l’argent, mais sans rien faire, c’est la différence. Chose importante, l’auteur relate une situation que vivent les gens des temps modernes, notamment avec la mondialisation où l’on ne réserve même pas un peu de temps pour rendre visite à sa mère.
«Maman, ça fait des années que je suis convaincu que mon roman sera terminé la semaine prochaine et que j’aurai tout le temps de venir chez toi pendant qu’on l’imprime.» L’auteur raconte l’histoire avec les petits détails d’un homme très perturbé qui se protège en évoquant son passé – tant de voyages, tant de rencontres amoureuses qui restent obsédantes.
Sa mémoire lui donne le vertige. Ses souvenirs l’aideront-ils à aller mieux ? Il s’invente une série de doubles qui mènent une vie sentimentale tout aussi agitée que la sienne. Il pourrait aller rendre visite à sa mère. Elle vit seule en Provence et aura bientôt quatre-vingt-dix ans.
Il a d’abord un travail à finir. Sa mère lui déclare : «Au lieu d’envoyer des fax à tes dizaine d’amoureuses, tu devrais publier un livre, sinon les gens vont croire que tu es mort.» Né en 1941, François Weyergans est homme de lettres, d’images et de théâtre.
Il a réalisé plusieurs documentaires sur l’art et quelques longs métrages, mais il est surtout connu en tant qu’écrivain. Le cinéma n’est pas pour lui un art au sens traditionnel du mot, car il nécessite un lourd travail d’équipe, du temps et de l’argent.
Mais Weyergans aime le septième art, malheureusement écrasé par la télévision qui prétend le servir. La télévision, c’est aujourd’hui «la grande prêtresse de tous les discours». François Weyergans veut bien y passer, mais il reste lucide et sait qu’il ne fait que la promotion d’un livre sous prétexte de rencontrer le public.
Il préfère le musée Picasso où il se rend quand il a l’angoisse de la page blanche. Il aime aussi Giacometti, qu’il a connu et qui a été un maître pour lui. Trois jours chez ma mère est un roman de grande sensibilité. L’auteur a su, dans un style accessible, exprimer des états intérieurs, ceux d’un homme perturbé.
