Le soir d’Algérie ; 14 juin 2007 ; Yanis Younsi
FRANÇOIS WEYERGANS A ALGER
Le prix Goncourt 2005 François Weyergans sera à Alger dès ce samedi. Il aura, au cours de sa visite qui durera jusqu’à lundi, à présenter son roman Trois jours chez ma mère. Une oeuvre de 210 pages, éditée en 2005 aux éditions Grasset & Fasquelle, rééditée cette année par les éditions Sedia, dans sa nouvelle collection Le Laurier. Tout au long de ce livre, le narrateur, qui peut aussi être l’auteur lui-même, ne cesse de parler de son envie pressante de terminer son roman.
Contre toute attente (?), il retrouve le titre bien avant d’avoir commencé à rédiger cette oeuvre littéraire, tant attendue par son éditeur. Il annonce donc cette nouvelle création, qui ne verra peut-être jamais le jour, à tout son entourage. Lui, François Weyergans, écrivain, a derrière lui dix romans, quelques films, une femme, deux filles et, par-dessus le marché, une mère. Une génitrice
qui l’attend dans sa petite Provence. Elle l’appelle avec insistance. François trouve l’idée géniale. Il
pense à quitter Paris pour quelques jours et se rendre chez sa maman.
Dans Trois jours chez ma mère, l’auteur saute d’un sujet à un autre comme on passe d’un rêve à un autre, inconsciemment. D’ailleurs, l’inconscient est présent tout au long de ce roman. Dire que l’auteur plonge la tête la première dans les méandres qui constituent les tréfonds de son passé, pour y faire émerger des histoires décomposées qui sentent la moisissure, sans pour autant qu’elles dégagent une odeur nauséabonde.
Non, loin de là. Le livre est traversé par des scènes qui font parfois sourire. Trois jours chez ma mère est, en quelque sorte, un livre dans un livre. C’est un présent contenu dans le futur. En somme, l’auteur vous livre une certaine philosophie de manière à vous faire tourner la tête. Aussi, ce qui retient l’attention dans Trois jours chez ma mère, c’est qu’il est écrit “innocemment”.
C’est un écrit innocent, au sens infantile du terme. L’auteur retrouve en effet ses petites manies de petit garçon, fervent amoureux de sa mère. Apparemment, le complexe d’OEdipe ne cesse d’agir sur lui. Si certains peuvent voir en cela une certaine culpabilité, les psychanalystes, eux, en donnent un autre son de cloche.
Le cas du narrateur n’est autre qu’une histoire d’inceste qui n’est pas encore consommée, ou qui ne le sera jamais. Cela peut être remis sur le compte de la sénilité, ou du retour d’âge.
L’amour que le narrateur voue à sa maman le pousse d’ailleurs au point d’aimer toutes les femmes. Et le nombre de celles qu’il évoque dans son roman n’est pas à citer. En un mot comme en mille, le narrateur, écrivain endetté jusqu’au coup, est un noceur… presque malgré lui.
François Weyergans est né en 1941 à Bruxelles (Etterbeek), d'une mère française et d'un père belge. Il a à son compte plus de dix romans. Nous citerons Frantz et François qui lui a valu le Grand Prix de la langue française en 1997.
