La nouvelle République ; 17 mars 2008 ; H. A
Des relations passionnées entre l’Algérie et la France
Après Mosaïque, Lauriers et A bâtons rompus, les éditions Sedia viennent de lancer une nouvelle collection intitulée essaiSedia, à travers laquelle elles espèrent enrichir et compléter leur champ éditorial littéraire.
A travers ce nouveau segment, les responsables de Sedia disent vouloir «cette ouverture littéraire dans le champ du débat d’idées – sur des registres différents : politique, historique, sociologique et/ou géostratégique – car nous savons l’intérêt grandissant de ce genre – l’essai – auprès de notre lectorat, particulièrement curieux du fait politique et d’actualité».
L’essai inaugural est signé de la plume du journaliste français, Jean-Pierre Tuquoi, qui revient dans cet ouvrage, d’une centaine de pages, sur les relations tantôt houleuses, tantôt apaisées entre l’Algérie et la France dont les statuts d’ancien colonisé et d’ancien colon continuent d’interférer dans les rapports. Tout au long des 5 chapitres, l’auteur – spécialiste du monde arabe -- tente de disséquer cette «histoire de famille, à la fois cruelle et inattendue ».
Ainsi, après Notre ami Ben Ali, le Dernier roi et Majesté, je dois beaucoup à votre père, le premier consacré à la Tunisie et les deux autres à la monarchie chérifienne, le célèbre journaliste du quotidien français le Monde, essaye d’expliquer pourquoi tant de passion caractérise les liens entre les deux pays qui, dans un continuel échange de déclarations, tendent à s’aimer, à se détester et à se jalouser. L’histoire commune entre les deux nations a été marquée par la souffrance et l’injustice imposée par la France au peuple algérien qui garde, aujourd’hui encore, les stigmates de la colonisation.
Seulement, si l’on tente malgré tout de dépasser cette période horrible pour avancer vers un avenir commun plus serein, certains nostalgiques de l’«Algérie française» se démènent pour saper ce travail de mémoire, à travers, notamment le vote de la scélérate loi du 23 février 2003.
Votée puis supprimée par l’Assemblée UMP, cette loi n’en a pas moins ranimé certaines douleurs, surtout du côté algérien. Comment, en effet, accepter ce deuxième alinéa de l’article 4 qui évoque les effets positifs de la colonisation ? A ce titre, Tuquoi qui revient sur l’histoire de la gestation de ce texte de loi écrit : «La loi du 23 février s’inscrit dans un travail obstiné mené par les plus activistes du lobby des rapatriés d’Algérie.
Sans doute ne pèsent-ils pas beaucoup du point de vue numérique. Ils représentent moins de 5 % des 2 millions de pieds-noirs vivant en France (ceux partis en 1962 et leurs descendants). Mais, sur le terrain, en particulier dans le Midi de la France, la terre d’asile d’une grande partie des pieds-noirs, leur influence est bien visible (…). Au Parlement, les nostalgiques de l’Algérie française ont leur lobby, le Groupe d’études sur les rapatriés. S’y côtoient une soixantaine de députés, la plupart de droite – même si une poignée de socialistes, élus du sud de la France pour la plupart, adhèrent à l’association » (…). «Tous ces parlementaires, qui cultivent une mémoire sélective dès lors qu’il s’agit de l’Algérie française, pensaient-ils disposer d’un allié à l’Elysée avec Jacques Chirac? Ce n’est pas impossible tant l’ancien président de la République au cours de sa longue carrière politique a multiplié les déclarations conciliantes en direction des rapatriés de quelque bord qu’ils fussent».
Il va sans dire que ce «dérapage» a été un véritable coup fourré infligé au traité d’amitié qui est tombé, depuis 2005, comme l’écrit Tuquoi «dans les poubelles de l’histoire ». A l’Algérie qui demande à la France de reconnaître ses torts pendant la colonisation, Sarkozy a répondu qu’il rejetait toute forme de repentance : «Je veux remettre l’honneur de la nation et l’identité nationale. Je veux rendre aux Français la fierté d’être français. Je veux en finir avec la repentance qui est une forme de haine de soi, et la concurrence des mémoires qui nourrit la haine des autres».
En somme, une relation faite d’ombre et de lumière. Là encore, Tuquoi suggère : «Paris et Alger seraient mieux inspirés de mettre en valeur les souvenirs qui témoignent d’une mémoire partagée et non plus contestée». Mais est-ce aussi simple ?
Jean-Pierre Tuquoi, Paris-Alger, couple infernal, essai- Sedia, Alger 2007, pages 100, prix 400 DA
