Horizons ; 8 juillet 2008 ; Leïla Nekachtali.
Une plume lucide trempée dans l’encre de la fiction Paru il y six ans le roman de Yasmina Khadra n’a pas pris une ride .On le relit avec tout autant de plaisir et d’un seul trait. L’auteur sans acrimonie, ni rancœur a pris sa plume, alors qu’il était acculé de part et d’autre, d’une rive à l’autre sur ses desseins, il ne trouve de mieux que de se mettre en scène en même temps que ses personnages et héros pour éclairer la lanterne de ceux qui l’acculent pour "sa double identité".
Peut-on être militaire algérien en une période dramatique de surcroît gradé et de sur- surcroît ayant décidé d’en finir avec une carrière dans l’armée pour devenir …écrivain. Tourner le dos à une institution au beau milieu d’une période "d’une guerre crapulo- intégriste" pour s’exiler et vivre une passion mouvementée à ses débuts, celle de l’écriture. La pilule passe mal auprès d’une presse étrangère qui reconnaît le talent mais doute de la probité du romancier défroqué en incitant à une tempête médiatique .Suspect, Yasmina Khadra, ne peut se départir du commandant Moullessehoul et il s’en rend compte au cours de l’entrevue avec la représentante de "Libération" : "La journaliste …s’interdit qu’il n’y a pas anguille sous roche, que ce militaire fasse exception à la règle malgré son treillis de brute et l’immonde réputation de son institution". De là vient le mal, Yasmina Khadra ne peut se départir de cette réputation d’ancien officier et doit se décharger de ce fardeau mais non pas le renier. A le légitimer peut-être. C’est ce qu’il fera en toutes circonstances, jusqu’à obtenir gain de cause. C’est à dire à être consacré en tant qu’homme de lettres de grand talent.
Et c’est en un développement de faits réels liés à la fiction que l’écrivain décrit ses angoisses ses cauchemars et son espérance. Yasmina Khadra dans cette lutte à s’extirper du doute qui le taraude il est acculé par Zan de Ghachimat, Hadj Maurice, Salah l’Indochine personnages peu orthodoxes de ses romans qu’il doit affronter, s’opposer à leur ironie morbide. Nietzsche, Zarathoustra, Kateb Yacine, Nazim Hikmet, Malek Haddad également viennent vers lui mais de manière amie. Le commandant Moullessehoul également lui colle aux basques. La rencontre à un certain moment du roman tourne au reniement de Yasmina Khadra envers l’autre, son double "Tu veux être bon à quelque chose, à l’instar du malheur commandant Mohamed Moullessehoul?
Ramasse tes saloperies de soupirs et fiche le camp. Va au diable…Je n’en peux plus de t’avoir sur le dos et dans les pattes".
Et pour ne pas couper avec le cordon ombilical, le romancier évoque les journalistes et écrivains algériens qui lui ont redonné confiance par leur présence sur cette voie qu’il a empruntée en une période cruciale de sa vie. On peut ainsi rencontrer à notre tour par plume interposée .Mimoun d’El Watan, Ali Ghanem et Sansal, Ahmed Rachedi et Arezki Metref. "La notoriété me trouva sur les gardes, fier de mon parcours mais sobre. Je pris une décision. la plus difficile…quitter tout, l’uniforme, ma carrière d’officier, ma famille, mon pays pour un vieux rêve d’enfant… "Ainsi Yasmina Khadra grâce à "L’imposture des mots" a mis fin à toutes les supputations et les procès qui ont alimenté le début de son parcours d’écrivain.
