Le jeune indépendant ; 5 mars 2009 ; Tarek Chaouch

Assia Djebbar, de son vrai nom Fatima-Zohra Imalayène, est née dans une famille de petite bourgeoisie traditionnelle algérienne de Cherchell. Son père, Tahar Imalayène, était instituteur (issu de l’Ecole normale musulmane des instituteurs de Bouzaréah) et originaire de Gouraya. Sa mère, Bahia Sahraoui, appartient à la famille berbère des Berkani (issue de la tribu des Aït Menasser du Dahra).

Assia Djebbar a passé son enfance à Mouzaïa-ville (Mitidja), étudié à l’école française, puis dans une école coranique privée. A 10 ans, elle fut admise au collège de Blida, en section classique (grec, latin, anglais) et obtint son baccalauréat en 1953. Elle entra ensuite en hypokhâgne à Alger.

En 1954, elle entra en khâgne à Paris (lycée Fénelon), puis l’année suivante, à l’Ecole normale supérieure de jeunes filles de Sèvres, où elle choisit d’étudier l’histoire. A partir de 1956, en raison de la guerre d’Algérie, Assia Djebbar ne passa pas ses examens en raison de la grève des étudiants algériens. En 1957, elle publia son premier roman, la Soif.

L’année d’après, elle quitta l’école, épousa l’écrivain algérien Walid Carn puis quitta la France. A partir de 1959, elle étudia et enseigna l’histoire moderne et contemporaine du Maghreb à la faculté des lettres de Rabat. Le 1er juillet 1962, elle retourna en Algérie. Elle était professeure d’histoire à l’université d’Alger, jusqu’en 1965, où l’enseignement de l’histoire et de la philosophie étaient dispensés en langue arabe. De 1966 à 1975, elle résida le plus souvent en France et séjourna régulièrement en Algérie. Elle se sépara de son mari Walid Carn (pseudonyme d’Ould-Rouis Ahmed), avec lequel elle a écrit la Pièce rouge l’aube, et épousa Malek Alloula.

De 1995 à 2001, elle fut directrice du Centre d’études françaises et francophones de Louisiane aux Etats-Unis. En 1999, elle est élue membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, et en 2005, à l’Académie française. Depuis 2001, elle enseigne au département d’études françaises de l’université de New York. Le 16 juin 2005, elle est élue au fauteuil 5 de l’Académie française, succédant à Georges Vedel, et y est reçue le 22 juin 2006. Les œuvres d’Assia Djebbar ont été traduites en 21 langues. Elle vécut en France et aux Etats-Unis, où elle enseigna la littérature française.

Nulle part dans la maison de mon père, paru chez Fayard et en Algérie dans la collection Mosaïques aux éditions Sedia, vient donc après de nombreuses écritures.

Après plusieurs fresques historiques évoquant l’Algérie, Assia Djebbar s’abandonne à la tendance générale qui se veut inscrite dans la mémoire intimiste. Elle nous propose son livre le plus personnel et ressuscite avec émotion, lucidité et pudeur la trace d’une histoire individuelle dont l’ombre projetée n’est autre que celle de son peuple. Grandissant entre deux mondes, entre un père instituteur et une mère majestueuse qui lui fait découvrir la magie des fêtes féminines, une fillette porte, en même temps qu’elle découvre le «monde des autres», à travers sa passion des livres et les confidences d’une amie de pensionnat, un regard fasciné sur une époque : bals européens donnés sur la place du village, prolétaires indigènes guettant dans le noir… Lorsque la famille s’installe à Alger, la mère se mue en citadine à l’allure européenne et l’adolescente entame une correspondance secrète. Une histoire d’amour s’esquisse. Dans Alger, où la jeune fille ne cesse de circuler après ses cours au grand lycée, elle s’enivre d’espace et de poésie. Un an avant une explosion qui secoua tout le pays, l’amorce de cette éducation sentimentale va-t-elle tourner court ?

Et la romancière de conclure : «Pourquoi ne pas te dire, dans un semblant de sérénité, une douce ou indifférente acceptation : ne serait-ce pas enfin le moment de tuer, même à petit feu, ces menues braises jamais éteintes ? Interrogation qui ne serait pas seulement la tienne, mais celle de toutes les femmes de là-bas, sur la rive sud de la Méditerranée… Pourquoi, mais pourquoi je me retrouve, moi et toutes les autres: Nulle part dans la maison de mon père»? Elue à l’Académie française en juin 2005, Assia Djebbar est l’auteure de quinze romans traitant de l’histoire algérienne, de la situation des femmes et des conflits autour des langues en Algérie.Traduite en vingt-quatre langues, son œuvre a été plusieurs fois récompensée par de grands prix internationaux.

Nulle part dans la maison de mon père (Paris, Fayard, 2007-Alger, Sedia, 2009).