Midi Libre ; 4 novembre 2009 ; K. H

Digression romanesque et fresque politique

A travers une plume teintée de mélancolie et de poésie, la narratrice se livre à la première personne alliant habilement la confession intime, la digression romanesque et la fresque politique.

Hayat est mariée mais délaissée, livrée à l’ennui d’une vie confortable et verrouillée.

“D’abord 1” , elle s’évade dans son imagination, un univers vaporeux au sentimentalisme exacerbé, construisant un personnage masculin idéal où confluent tous ses fantasmes. Passionnée de littérature, elle invoque régulièrement de grands auteurs au secours de son discours! : Tahar Djaout, El Khansa, Mahmoud Darwish, Jabra Ibrahim et bien d’autres. Rapidement, la narratrice se présente comme une écrivaine en quête d’inspiration, amorçant ainsi un système de mise en abyme dédaléen d’où le lecteur ne sortira pas indemne. L’intrigue se noue quand elle rencontre le personnage de son récit dans la réalité, succombant au charme d’un homme attirant et à l’attrait d’une situation mystérieuse ; «Folie alors que de s’asseoir pour ressusciter par la plume un amant de papier !». Cette rencontre est l’élément déclencheur qui l’amène à sortir de chez elle, à parcourir Constantine, puis Alger, prenant des risques en se confrontant à une situation politique et sociale explosive. Ce qu’elle traverse altère sa réflexion et déteint sur son style d’écriture. Peu à peu, l’auteur se fait le témoin de son époque! : L’Algérie de 1991 à 1992, soit de l’ascension du FIS à l’assassinat de Mohamed Boudiaf.

Réaliste, elle compose avec les personnages contradictoires qui l’entourent : une mère traditionnelle et soucieuse des apparences, un frère contestataire politique, un époux puissant voué à l’Etat… et bien sûr «! Lui », l’avatar de l’amour à découvrir et à redécouvrir sous ces multiples facettes.

Le chaos des sens Éditions Sedia Collection Mosaïque, 2009 850 DA