Le courrier d’Algérie ; 27 novembre 2008 ; Emilie Marche

Invité par le Centre culturel français pour une conférence sur son livre « Vers l'Orient Compliqué », Antoine Sfeir le célèbre créateur des Cahiers de l'Orient a expliqué sa vision du Monde Arabe devant les journalistes. Aujourd'hui, l'écrivain présentera son livre, toujours au CFF.

La vision du nationalisme arabe des années 50 et 60 du président égyptien de l'époque est un concept qui a disparu. Grand défenseur de cette thèse, car il a grandit avec, le journaliste franco-libanais Antoine Sfeir a toujours l'espoir qu'elle revienne un jour. C'est d'ailleurs ce qui l'a poussé à écrire son ouvrage « Vers l'orient compliqué » paru aux Editions Sadia en Algérie. Il explique que la situation actuelle n'est pas due au hasart mais à la volonté de la politique américaine de vouloir créer dans la région des Pays Etats Nations qui n'ont obtenu comme résultat que la division entre les populations des pays du Moyen Orient. « Dans cette région la politique américaine du communautarisme, initiée par les frères Kennedy a détruit le vouloir vivre ensemble. L'Irak en est un exemple flagrant. Il faudra des décennies avant de voir dans ce pays cohabiter dans un même immeuble, un chiite, un sunnite et un chrétien » analyse Antoine Sfeir.

Seule réjouissance est le retour sur la scène internationale du président syrien Bachar Al Assad qui n'est plus perçu comme un ennemi. Du coup la Syrie se mèle moins des affaires de son voisin libanais. Toutefois l'occident teste Bachar Al Assad sur tous ses faits et gestes. La reconnaissance de la Syrie évite l'éclatement des divisions internes et la possibilité du vivre ensemble entre les populations chiite et sunnite.

Actuellement on assiste à la fin de cette conception américaine pour gérer la région, notamment sur le sujet du nucléaire iranien. L'Iran joue un jeu d'échec et la question du nucléaire ne servirait que de prétexte de négociation dans le but que l'Iran soit protégé dans la région. L'Iran est un pays perse et chiite entouré des pays arabes et sunnites.

Entre les deux ce n'est pas une grande histoire d'amour mais plutôt le contraire. Selon le journaliste francolibanais l'Iran ne cherche qu'à être reconnu car il a peur : « Quand je discute avec des iraniens, ils expliquent qu'ils perçoivent comme une menace la progression des talibans en Afghanistan et au Pakistan qui ne les aiment pas beaucoup. De plus ils savent très bien que s'ils créent l'arme nucléaire, le lendemain l'Arabie Saoudite et l'Egypte l'auront avec l'aide des Etats-Unis » commente- t-il. Avant de souligner des faits étranges survenus suite à la victoire de Barack Obama aux élections américaines.

Le 4 novembre « Saint Obama » (comme il le surnomme pour ironiser) est né. Le lendemain le président iranien Mahmoud Ahmadinejad annonce qu'il est la malade, le surlendemain, il a une grippe dans le but de ne pas réagir sur l'évènement. Enfin le jour d'après, la presse iranienne ne parle que de l'ayatollah Khomeini. Le 11 novembre des experts internationaux prônent le dialogue avec l'Iran. « Si il y a une réelle reprise de dialogue entre l'Iran et les Etats-Unis, la grippe du président iranien risque de s'aggraver » commente-til. Une négociation qui va probablement arriver vite sachant que Barack Obama ne cesse de rappeler sa volonté de dialoguer avec l'Iran. Sur la victoire du candidat démocrate à la Maison Blanche et les attentes qu'elles suscitent, Antoine Sfeir dit : « Si déjà, il arrive à parler avec tout le monde ce sera énorme ». Les dossiers en priorité dans la région demeurent : rétablir la feuille de route de 2000 de charm El Cheik sur le conflit israélopalestinnien, appliquer le retrait des troupes d'Irak, rééquilibrer la présence de l'Arabie Saoudite dans la région et arrêter l'application de l'Etat Nation. « Après cela nous pourrons juger, le Saint Obama mais pas avant » confie le directeur des cahiers de l'Orient. Enfin sur l'Algérie qui demeure un pays de convoitise pour ce spécialiste surtout pour les américains qui depuis 2001 ne cessent de vouloir établir une construction stratégique : « Les Etats-Unis perçoivent l'Algérie comme grand pays avec une armée puissante qui a battu l'armée Française. De plus les américains connaissent ses réserves énergétiques en hydrocarbures qui nourrissent principalement l'Union Européenne. Par conséquent depuis 2001, le gouvernement américain mène une course effrénée pour asseoir ses intérêts en Algérie. Au début réticente, très réticente le gouvernement algérien semble de plus en plus conciliant », analyse Antoine Sfeir.

L'Algérie est un pays qu'il apprécie pour son combat. Un pays qu'il surnomme le Grand Liban son pays natal.