La nouvelle république ; 21-02-2007 ; Yazid B.

«J’écris pour ne pas mourir»

En face de M. Azouz Begag, se trouvaient des élèves de cet établissement. Le ministre français délégué à la Promotion de l’Egalité des Chances d’origine algérienne est là pour eux, pour les écouter et leur parler. Assistés par leur dynamique professeur de français M. Djamel Melouah, les élèves sont là pour lui poser des questions à propos de son dernier livre qu’ils viennent de lire.

Si le ministre a accepté de rencontrer les lycéens c’est certainement pas pour faire de la politique, bien qu’il soit un homme tel, mais pour encourager cette frange de jeunesse à aimer et à reprendre le goût de la lecture, qu’elles avaient perdu avec les nouvelles invasions technologiques.
D’ailleurs M. Begag en a souvent fait référence en présentant son dernier ouvrage Un train pour chez nous. Il a longuement parlé de son enfance qu’il a vécue dans un bidonville de la région de Lyon et où à l’époque il n’y avait ni télécommande, ni jeux électroniques et il n’y avait pas la télé. Donc que ce soit pour les enfants d’Algérie ou ceux de la France, il faut reprendre la lecture «nous dira en marge, le ministre.
Il reprend le terme de la lecture même lorsque nous abordons avec lui le thème de la politique et que les lecteurs «doivent lire le programme que leur présente chaque candidat». Le morphème lecture semble être le cheval de bataille de M. Begag. Evidemment lecture rime avec écriture. Et à une question posée par une élève sur la possibilité d’arriver à mener, en même temps, une vie de famille, une vie de ministre et une vie d’écrivain, le ministre répondra «En tant que ministre, je n’ai pas de dimanche (référence faite au week-end européen) je n’ai pas de sortie, je n’ai pas de nuit et pas de jour et tout cela au détriment de ma famille». Il continuera «La vie politique est une vie violente. Alors j’écris souvent et j’écris pour ne pas mourir «Et il explique la notion de la mort par l’existence de ses livres lorsqu’il ne sera plus de ce monde».
Lorsqu’un élève lui pose la pose la question sur ses rêves d’enfance, Azouz Begag répond qu’il avait toujours rêvé d’être président de la République et son idole était le président égyptien Djamel Abdenasser, et qu’il aimait bien le général De Gaulle.
Evoquant la vie des Algériens partis en France tel que son père, il dira «Nos parents étaient des unités de main d’œuvre». Et d’ajouter plus loin que c’est très important de retrouver ses origines et sa race, tout en parlant il avait les yeux larmoyants quand il évoquait les Algériens qui ont fait l’objet d’une déportation en 1871 en Nouvelle Calédonie.

A la question d’un élève qui essaie de comprendre comment il arrive à vivre entre les deux rives de la Méditerranée, qui lui demanda : «Qu’est ce qui vous manque lorsque vous êtes en France ?»  Après un long, très long silence, le ministre lui répond «Il me manque un pont qui relie l’Algérie et la France où je peux marcher à pied. Je voudrais que les deux morceaux de mon identité soient plus proches «Avant de nous quitter nous nous sommes approché de M. Azouz Begag et inévitablement nous avons voulu avoir son avis sur la politique française. Nous n’avons pas été par trente-six chemins et lui avons posé la question s’il n’a pas suivi la voie du ministre de l’Intérieur français, qui lui aussi, est issu de l’immigration, car ce dernier est venu chercher des voix électorales pour les prochaines présidentielles. Le ministre nous a répondu «Moi je dis aux enfants de me lire et non pas de m’élire. Je demande à être lu et non pas d’être élu»
Rappelons que M. Azouz Begag, d’origine algérienne, est né en France dans la région de Lyon en 1957 et ministre dans le gouvernement De Villepin. Il a publié une vingtaine de livres et le dernier Un train pour chez nous est un récit de voyage dans lequel l’auteur se souvient d’un périple qu’il a effectué qui le menait vers Sétif où il a passé ses vacances d’enfance.