La tribune ; 12 Avril 2007 ; Farida Belkhiri
Cités à comparaître est la seconde publication, un roman, du jeune écrivain franco-algérien, Karim Amellal.
La première est un essai, Discriminez-moi, une enquête sur les inégalités, sorti chez Flammarion en 2005.
Le roman est une sorte de testament dans lequel un jeune adolescent, un délinquant français, issu de l’immigration, raconte sa vie. «Je crève d’envie de raconter toute l’histoire mais pour l’instant y a rien qui sort et tout ce que je peux dire, c’est que j’ai un grand vide dans l’estomac. C’est pas la faim qui creuse. C’est la peur sous la peau dans le parking de mon ventre.»
Dans un langage très osé, l’auteur revient sur les «amalgames» comme il les appelle dont sont victimes les jeunes des cités. Lui-même issu de l’immigration, il tente d’entrer dans la peau du jeune adolescent en parlant en son nom. Il remonte loin, à son enfance, à l’école notamment où, déjà, il était victime de discrimination. Il parle également de son père dont il ignore tout et de sa mère qu’il ne connaît pas vraiment ou très peu. Il évoque également la vie dans la cité, la drogue et Nadia dont il est amoureux. Un fantasme qui restera un fantasme. Il cite, en fait, toutes les raisons qui l’ont amené à participer au cambriolage d’une bijouterie, entraîné par des voleurs. Sauf que le cambriolage a très mal tourné prenant l’allure d’un attentat. Les cambrioleurs ont «très bêtement», comme le souligne l’auteur, abusé d’explosifs…
L’adolescent, chargé d’appuyer sur le bouton de la télécommande d’explosifs, est accusé d'être un terroriste et est condamné à la perpétuité. «J’aurais juste voulu être un homme dans ma vie. Pas un terroriste», dira-t-il à la fin. Cités à comparaître a été écrit d’un seul trait, juste après les émeutes ayant éclaté dans la banlieue française en 2005. Un roman qui ne s’inscrit pas dans l’écriture romancière classique. Utilisant le pronom personnel «je», le roman prend l’allure d’une biographie dans laquelle le personnage s’exprime dans une façon naïve, presque impulsive L’ouvrage enferme le lecteur dans un monde intérieur, lourd, stressant et angoissant, exposant des images qui se ressemblent dans la souffrance et la douleur qu’elles dégagent et dans le langage qu’elles utilisent.
