La nouvelle République ; 6 octobre 2008 ; Raouf Aziri

Le désespoir qui fait revivre

La perte d’un être cher nous fait, parfois, perdre la raison, à tel point que le temps s’arrête. Ce sont les conséquences de règles imposées par la nature humaine, des règles que ni le cœur ni la raison ne peuvent comprendre.

Puisque rien ne dure, de Laurence Tardieu, avec un style raffiné, nous conte l’une de ces histoires qui ne peuvent arriver qu’aux autres, jusqu’au jour, où elles nous frappent, sans prévenir En lisant les premières lignes de ce «magnifique » roman, on ne peut plus le lâcher, on est obligé de le lire d’une traite. La gorge étranglée, les yeux embués on est vite surplombé par l’émotion. Les mots glissent entre les paragraphes comme une larme qui coule sur la joue, ce qui implique davantage le lecteur dans l’histoire de Vincent et Geneviève, dont la petite fille Clara, a disparu un jour en sortant de l’école. Ce détail aura, d’ailleurs, raison de l’harmonie dont laquelle vivait le couple. En se servant des deux personnages principaux de l’histoire, Tardieu, transmet aux lecteurs la douleur, la peine et surtout la souffrance ressenties par un couple qui pensait son amour immortel et éternel, à la perte d’un enfant cher à leur cœur. Comme tout, d’ailleurs, dans ce monde, «puisque rien ne dure», leur amour se mure, petit à petit, dans le silence et le désespoir. Incapables de briser la solitude qui s’est imposée entre eux, ils ne trouvent, comme unique solution, que la séparation. Elle, elle fuit la ville et s’isole à la campagne pour tenter d’oublier sa double peine. Lui, par contre, ne trouve que le bruit de la ville pour apaiser ses souffrances. Entre-temps, Geneviève, tient un journal qui l’aide, un tant soit peu, à remonter la pente. A ce sujet, elle écrit : «Je relis ces lignes, allongée sur mon lit. J’ai beaucoup écrit ce soir. Si je n’avais pas écrit, que se serait-il passé ? Je crois que je n’aurais pas quitté la chambre de Clara. Je crois que cette fois, je me serais laissée emporter par la douleur. Écrire ce soir m’a permis de finir la journée dignement : sans tomber, sans céder à la tentation d’en finir. Cette fois encore, l’écriture m’a sauvée». Quinze ans après, Geneviève, sur son lit de mort, écrit à Vincent «Je meurs», voilà ce qu’elle m’écrit. Vincent, je meurs viens, me voir vient me revoir une dernière fois que je te voie, que je te touche, que je t’entende, viens me revoir, Vincent, je meurs. Et au bas de la feuille, en tout petit, presque illisible, son prénom, Geneviève, tracé lui aussi au crayon à papier, comme le reste de la lettre, de la même écriture tremblante, défaillante, si ce n’avait pas été ces mots-là on aurait pu croire à l’écriture d’un enfant, on aurait pu sourire, froisser la feuille, la jeter à la poubelle et l’oublier; mais non, ce n’est pas un enfant, c’est Geneviève qui meurt».

Mais, pour Vincent, revoir Geneviève, c’est faire face à nouveau à ce drame qui les a séparés. Pourtant, la force de l’amour qu’il lui porte encore, finit par vaincre sa peur, en fonçant en toute vitesse vers elle. Les retrouvailles sont désarmantes, poignantes, brèves, magnifiques. Dans ses dernières paroles qui l’accompagnent à la mort, Geneviève, affronte le passé, pour permettre à Vincent de se réconcilier avec la vie.

Nous ne vous dirons pas plus. Nous vous laissons le soin de découvrir la fin, en le lisant.

Laurence Tardieu, Puisque rien ne dure, éd. Sedia, coll. Laurier, Alger 2008, Pages 110, Prix 450 DA