Le jour d’Algérie ; 27 novembre 2008 ; I. B
«Le vivre ensemble a été détruit par la politique américaine»
Pour Antoine Sfeir, la politique internationale actuelle a détruit le vivre ensemble qui a longtemps réuni sous un seul toit les différentes populations qui ont vécu dans les pays arabes et musulmans.
«Etre arabe ne veut pas dire être musulman», lâche-t-il. «En Irak, nous ne verrons plus dans un seul immeuble, un Kurde habiter au dernier étage, un chiite au quatrième, un sunnite au troisième et le chrétien au premier. Tout cela a été détruit avec la guerre. Le vivre ensemble a été détruit», lance-t-il, expliquant encore que la politique américaine, suivie depuis les années 50 déjà, a eu pour objectif de créer au Moyen-Orient des micro-Etats, établis sur des bases ethniques ou confessionnelles (chiite, sunnite, arabe, kurde..), ainsi, les USA pourraient sauvegarder leurs intérêts dans la région. Ce franco-libanais, spécialiste du Moyen-Orient rappelle des évidences pourtant difficiles à faire accepter aujourd’hui : un arabe n’est pas forcément un musulman, un musulman n’est pas obligatoirement un islamiste et un islamiste n’est pas forcément un terroriste. «En France où il y a eu des islamologues de renom, il faut sans cesse répéter cela», ajoute-t-il, précisant que les mots ont les sens qu’ils portent et qu’il ne faut pas faire l’amalgame. «L’on ne doit pas accoler au mot terroriste le mot islamiste. Le terrorisme c’est du terrorisme. Sans plus.
Le Jihad est un concept qui n’existe pas dans son interprétation actuelle, c’est un terme qui a été inventé par l’Occident. En arabe pour dire guerre il y a le mot harb. Le Jihad renvoie à l’effort personnel du musulman. Il est dur déjà d’être un bon musulman, alors pourquoi ajouter des chichis et des chouchous ?», s’interroge le conférencier. Ne voulant pas verser dans le pessimisme, il ajoute qu’il croit au nationalisme arabe dont il a toujours été imprégné. «Même s’il a disparu, j’y crois encore envers et contre tout», dit-il. Invité par les éditions Sedia suite à réédition, en Algérie, de son ouvrage «Vers un Moyen-Orient compliqué ?», il a animé hier matin au Centre culturel français d’Alger une rencontre avec la presse algérienne. Antoine Sfeir souligne qu’il a rédigé cet essai «que chacun d’entre nous aurait pu écrire» parce que, autour de lui, en France, les gens ne cessaient de crier qu’ils ne comprenaient rien à ce qui se passait là-bas. «L’incompréhension est le début de la démission», précise-t-il. Abordant le sujet du nucléaire iranien, il affirme que l’Iran sera le prochain partenaire potentiel de la politique américaine et que le dossier du nucléaire iranien et la diabolisation de ce pays ne sont qu’un moyen pour aller vers ce partenariat stratégique «Iran-USA». Né le 25 novembre 1948 à Beyrouth, Liban, Antoine Sfeir est un journaliste et un professeur francolibanais.
Directeur des Cahiers de l’Orient, il préside également le Centre d’études et de réflexions sur le Proche- Orient et est professeur en relations internationales au CELSA. Parmi ses publications, «L’Argent des Arabes», Hermès, 1992. «L’Atlas des religions», éditions Perrin, 1993. «Les réseaux d’Allah», Plon, 1997. «Dictionnaire mondial de l’islamisme», Plon, 2002. «Liberté, égalité, islam : la république face au communautarisme», Librairie Jules Tallandier, 2005. «Vers l’Orient compliqué» a été édité chez Grasset et Fasquelle en 2006. Sedia a réédité ce livre en 2008. Radia Abed, directrice de cette maison d’édition, rappelle que l’ouvrage fait partie d’une collection d’essais, sélectionnés pour la pertinence de leurs analyses et idées. Antoine Sfeir animera cet après-midi, une conférence au Centre culturel français à 14h30.
«Vers l’Orient compliqué» d’Antoine Sfeir. Editions Sedia, 174p. Prix 550DA
