Le Soir d’Algérie ; 14 septembre 2006 ; Nabila H.
«J’ai recommandé “Mes hommes” à mes filles»
Malika Mokeddem, écrivaine algérienne, éditée en France et récemment en Algérie, est venue ce lundi à la rencontre de son public. Elle est venue parler de son dernier roman Mes hommes. Un livre qui évoque la relation qu’a l’auteur avec les hommes de sa vie.
Elle y raconte comment la liberté de la femme dans nos terroirs rime avec honte et péché. Comment son père qu’elle ne voit pas pendant longtemps refuse de la recevoir avec son époux français car «mécréant». Comment elle quitte son père pour apprendre à aimer les hommes.
Lesquels, elle s’est faite avec eux et contre eux ! Nombreux sont ceux qui sont venus rencontrer une Malika radieuse, pleine de vie et de charme. Pour être plus près d’elle, quelques uns se mettent à même le sol. Quand elle prend la parole elle avoue être émue. Le timbre vibrant de sa voix le confirme. Elle est ravie d’être en Algérie, son pays natal. Elle, qui n’est pas portée sur la religion, dévoile que la librairie et l’espace livres sont ses lieux de foi. Elle souhaite que son intervention soit brève. Ce que ne lui accorde pas l’assistance. Les présents lui font comprendre, par leur silence, qu’ils sont là surtout pour l’écouter. Du coup, elle se met à parler de son œuvre. Malika Mokeddem affirme que, contrairement à ce qui se dit, il ne s’agit pas d’un roman de haine. Elle réfute également le fait qu’il évoque un instinct de possession. A Kenadsa, près de Béchar, sa région natale, quand une femme dit «ridjali», mes hommes, cela englobe le père, les fils, les frères, les oncles, les cousins… pas uniquement les amants ou les amoureux. Ce livre raconte sa relation aux hommes. Elle avoue avoir été une adolescente qui a reçu des violences mais qui en a rendues. Elle était incapable de se taire. Elle voyait dans les yeux de son père de la peur d’elle. Puis, plus tard, de la peur pour elle. Elle ne se considère pas formatée. Elle refuse le conformisme. «Pourquoi faire comme les autres ? Pourquoi avoir un homme dans son lit quand il n’y en a pas dans son cœur ?» tonne- t- elle. Les présentes, plus nombreuses, réagissent avec beaucoup d’émotion. L’une d’elles révèle qu’elle est fière d’être algérienne comme Malika. Une autre, que les écrits de l’écrivaine l’ont aidée à surmonter la période noire qu’a connue l’Algérie cette dernière décennie. Un lecteur trouve que le livre renferme beaucoup de violence envers les hommes. Un deuxième en décèle plutôt de la rage. Un autre déclare se reconnaître dans les hommes de Malika, ce qui fait sourire l’assistance. Il a recommandé le livre à ses propres filles. Il trouve que ce dernier relate fidèlement la condition féminine et les situations violentes faites par un père, un mari… un homme. C’est mêmes situations qui sont perpétuées par une mère, une grand-mère… une femme. La séance est clôturée par une série de dédicaces. Les participants sortent avec un sourire ou des larmes d’émotions qui se font discrètes, à la main Mes hommes paraphé par l’auteur. Notons que le livre importé reste inabordable au lecteur algérien. D’ailleurs quand l’hôtesse des lieux engage le débat, elle soulève ce problème et remercie la Sedia qui publie Mes hommes pour l’avoir rendu accessible par son prix. Malika a un programme chargé durant cette semaine dans l’Algérois. Le public oranais peut également la rencontrer ce jeudi à partir de 15 heures au CCF d’Oran.
