La nouvelle République ; 28 avril 2008 ; H. A.

Des desseins américains en Orient

Un second titre, l’Orient compliqué, signé de la plume de l’écrivain et journaliste franco-libanais, Antoine Sfeir, vient de paraître chez essaiSedia.

Le directeur des Cahiers de l’Orient tente de répondre à une question qu’il pose en introduction, à savoir que sont venus faire les Etats-Unis en Irak ? S’il commence déjà, dès les premières pages, à donner des éléments de réponse, en expliquant que la présence américaine en Irak est motivée par l’envie de «démanteler le Proche-Orient sur la base d’entités identitaires et ethniques ou religieuses, sonnant le glas des Etats-nations». L’auteur développera sa théorie, tout au long de cet ouvrage, en commençant par le commencement, c’est-à-dire, en revenant sur les origines des Etats-nations du Moyen-Orient. Remontant le fil chronologique de la région, il nous mènera jusqu’à une certaine nuit de mars 2003, au cours de laquelle l’armée américaine lancera officiellement l’opération «Iraqi freedom». Accusant Saddam Hussein de possession d’armes de destruction massive, Bush a, de ce fait, justifié voire inscrit dans la «légalité» l’invasion de l’Irak. Mais pour de nombreux observateurs et pour la majorité des pays arabes, il s’agit là d’un argument fallacieux. En tant que spécialiste du Proche et du Moyen-Orient, Antoine Sfeir rejette, lui aussi, l’argumentaire américain, estimant que Bush a déclenché cette guerre contre l’Irak afin de casser les nations arabes et entraîner l’apparition de plusieurs micro-Etats, à tendance communautaire (kurdeschiites, sunnistes, chrétiens, alaouites et maronites). Pour Sfeir, cette stratégie visant à affaiblir les pays arabes et à renforcer la puissance israélienne, sécurisera surtout l’approvisionnement en pétrole des Etats-Unis.

En fait, si l’Irak est déchiqueté, la Syrie et l’Iran –seules puissances locales susceptibles de menacer Israël- seraient également touchées et verraient leurs propres frontières en danger.

A ce titre, Sfeir écrit en page 129 : «Tout aurait commencé en 1953, lors de l’attentat contre Mossadegh qui voulait nationaliser les industries pétrolières iraniennes.

Depuis la première guerre du Golfe, les Etats-Unis ont obtenu les accords d’Oslo et surtout l’accord militaro-économique de 1996 entre Israël et la Turquie. Depuis lors, la Syrie est sur la défensive, géographiquement défavorisée car placée entre les deux nouveaux alliés.

En d’autres termes, après l’encerclement, l’affaiblissement ou la clientélisation de toutes les puissances régionales, seul l’Irak de Saddam demeurait dangereux –non pas pour les Etats- Unis mais pour Israël, cible de toutes les frustrations régionales.

L’effet «dominos» recherché consisterait dès lors à abaisser une à une toutes les barrières à la tranquillité absolue de l’Etat hébreu dans ses relations de voisinage. Comment y parvenir, sinon en morcelant la zone ?». Tout comme il peut s’avérer être un bon outil pédagogique, cet essai d’Antoine Sfeir s’adresse aussi à tout lecteur profane désirant mieux comprendre les enjeux politico-économiques au centre desquels se trouvent les pays du Proche et du Moyen Orient.

Le journaliste raconte de façon succincte la genèse de cette région. Allant de la naissance ’Israël à la création du Parti Baâs, de la pensée des néo-conservateurs à la stratégie anglaise, puis américaine, du nationalisme nasserien à l’Iran des mollahs, Antoine Sfeir analyse les faits pour nous aider à mieux comprendre. A lire !

Antoine Sfeir, Vers l’Orient compliqué, EssaiSedia, Alger

2008, 160 pages, 550 DA.