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Le jeune Indépendant ; 05 novembre 2006 ; Ziad Salah

Questions d'une actualité brûlante

Comment peut-on qualifier Sihem, la femme du docteur Amine Djaâfari ? Est-elle une terroriste ou une martyre, avec tout ce que charrie ce dernier qualificatif dans l'imaginaire arabo-musulman et, particulièrement, palestinien ? Bardée d'explosifs, elle s'est donné la mort dans un restaurant de Tel-Aviv, faisant une dizaine de victimes, dont des enfants.

Son attentat est intervenu au moment où l'armée israélienne perpétrait l'un de ses ignobles massacres des populations palestiniennes, dans le camp de Jenine. Probablement pour des raisons de structure du texte, ce détail (la concomitance de l'attentat avec l'engagement de l'armée israélienne à Jenine) n'est livré que vers la fin du livre.

Si la question semble réglée pour les belligérants du drame moyen-oriental et leurs alliés respectifs, elle devient une sorte d'obsession pour le mari, qui semblait définitivement en dehors du conflit, étant d'origine palestinienne, naturalisé israélien et jouissant du statut de médecin chirurgien, ce qui le dispensait d'interrogations d'ordre existentiel.

L'acte de sa femme, entraînant l'écroulement de tout son univers mental et sentimental, le ramène, dès lors, au point de départ. Afin de saisir le sens et les motivations de son épouse, le médecin, totalement intégré dans la société israélienne, se lance dans une sorte de retour initiatique vers les siens.

Sur le plan spatial, il sort de Tel-Aviv pour redécouvrir Bethléem, Jérusalem et, surtout, Jenine. Il renoue avec des parents restés de l'autre côté du mur (au sens physique et symbolique) et dont certains sont des activistes, pour reprendre un terme consacré par les médias occidentaux.

Dans cette entreprise de remise en cause, il rencontre des juifs qui s'inscrivent en faux par rapport à leur Etat. Il finit par se départir de sa cécité d'humaniste, soucieux plutôt de soulager la douleur des autres et de lutter contre la mort, au lieu de l'administrer aux autres.

Les propos échangés entre le médecin et les différents chefs de la résistance rencontrés dans sa quête d'élucider l'acte de sa femme constituent de véritables éléments pour un débat politique et philosophique portant sur le sens de la vie et de la mort.

La fluidité de l'écriture nous autorise à penser que ce genre d'interrogations a sérieusement préoccupé l'auteur. Inutile de rappeler qu'il était, dix ans auparavant, aux premières lignes de la lutte antiterroriste dans son pays. Dans ce texte, on ne sent pas le surfait, l'élaboré mentalement.

Dans un style limpide, on est tenté de déclamer certains passages. Surtout les dialogues entre le médecin se sentant offensé et certains chefs de la résistance bien incrustés dans leur vérité. Poussant l'exploration psychologique de ses personnages très loin, il les rend aussi attachants les uns que les autres.

A une exception ou deux. Paradoxalement, la beauté du texte tranche avec l'ambiance, où la folie meurtrière des hommes est omniprésente. La poésie s'avère, dans ce texte, un refuge, quand les horizons apparaissent totalement bouchés.

C'est le cas, justement, du docteur Djaâfari qui, avant d'expirer son dernier souffle dans l'attentat visant un leader, sombrera dans le rêve. Au lieu de nous faire part de ses nouvelles convictions, il préfère le rêve. Il part donc avec son interrogation initiale, quoique apaisée et dissipant certains doutes concernant son épouse.

Mais l'autre intérêt du livre est de nous restituer une réalité qui, à force de simplifications, nous semble familière. On découvre, notamment, comment des organisations, taxées de terroristes, régissent la société palestinienne jusqu'à se confondre avec elle.