Le Soir d’Algérie ; 23 novembre 2009 ; Sabrinal

Mon nom est personne

Hayet est écrivain. Elle est l’épouse d’un colonel avec qui elle ne partage pas grand-chose, si ce n’est le toit. L’écriture est un exutoire pour Hayet entre un mari trop occupé par ses fonctions, une mère trop envahissante et un frère intégriste.

Un jour, Hayet s’aperçoit que l'un des héros imaginaires du roman qu’elle est en train d’écrire existe réellement. Plus étrange encore : les lieux et les évènements qui naissent sous sa plume se confondent avec la réalité. Jusqu’où ira ce phénomène étrange qui fait que la réalité rejoint la fiction ? Poussée par la curiosité, l’auteur se rend dans un cinéma à Constantine. Asa grande surprise, elle tombe nez à nez avec le personnage principal de son roman. Foudroyée par son regard, les effluves de son parfum et par sa voix, elle en tombe éperdument amoureuse. Hayet n’aura de cesse d’aller vers cet homme mystérieux. Un être de papier. Un être d’encre qui l’attire comme un aimant et avec lequel elle va vivre une aventure passionnante et dévorante. De Constantine à Alger où son mari possède une résidence au complexe touristique de Sidi-Fredj, l’amante organisera sa vie autour de cet énigmatique inconnu dont la pensée l'obsède. Mais qui est cet homme dont elle ne connaît même pas le prénom ? Est-il vraiment celui qu’elle croit être ? Ce roman d’amour où les sens de Hayet subissent un véritable désordre chaotique est ponctué d'événements historiques qu’a traversés l’Algérie. Nous sommes au début des années 1990 : montée de l’intégrisme, attentats contre journalistes, civils et écrivains (Tahar Djaout, Saïd Mekbel…); démission de Chadli Bendjedid en janvier 1992, retour de Mohamed Boudiaf en Algérie, son assassinat… Morceaux choisis : «Il venait vers nous à pied. Porté par ses rêves. Salué par le drapeau national et une génération qui ne le connaissait pas, mais qui voyait dans son port altier l’histoire glorieuse de l’Algérie» p.241. «Le jour-même de son retour, il avait dit à sa femme : «Leur accueil chaleureux ne les empêchera pas de m’assassiner… Quant elle lui avait demandé s’il était donc venu se suicider, il avait répondu : «Je fais mon devoir… tout ce que je veux, c’est qu’ils m’accordent un peu de temps». p.243. Le Chaos des sens a été traduit de l’arabe par France Meyer. Il confirme une fois de plus l’immense talent d’Ahlam Mostaghanemi.

 

Le Chaos des sens d’Ahlem Mostaghanemi, collection Mosaïque, éditions Sedia, 2009, 375 p, prix 850 DA.