Horizons ; 22 juillet 2008

Expiation du péché commis, par l’écriture et les mots

C’est une longue lettre qu’écrit une femme en prison, à son mari. Du bâtiment des femmes, lieu de détention que cette personne sans nom essaie, à travers des mots durs, des mots tendres, amoureux, révoltés, d’ expliquer un geste fatal, inexplicable.

Ainsi, le roman qui est une narration à la première personne du singulier n’est qu’une souffrance humaine mise à nue d’un être qui se hait, qui a peur, qui angoisse depuis son plus jeune âge. Au temps du cimetière des poupées «Je n’aime que ce qui me terrifie … je te hais de toute cette terreur que tu m’as infligée, que je me suis infligée à moi-même…». Termes d’une lourde souffrance secrète, qui, par la force des choses, doit être extirpée des tréfonds du corps, de l’esprit par la thérapie de l’écriture. Consigner son expiation dans cet interminable monologue afin de dire tout simplement son amour à l’homme aimé. «Ce qui me manque .Entendre tes clefs dans l’escalier. Je reconnaissais leur musique comme les chats… c’était toi… ». Un sentiment passionné jusqu’au tragique pour un homme, son homme. L’infanticide acte odieux pour une mère déjà maman de deux garçons est un agissement qui relève de la folie. Le mari, l’autre personnage, un autre boiteux dans ses tendresses, «Tu étais toi aussi quelqu’un qui souffre» ne peut comprendre le geste de celle qui a été une maman attentive. Sans échappatoires, elle décrit sa descente aux enfers, faisant référence à ces attitudes singulières remontant à cette enfance de fille unique qui dérive, déjà «…J’ai préféré l’enfermement…je protégeais jalousement mes monologues et mes jeux au goût du supplice…mon intimité que je savais dangereuse». L’aveu est là. Effarante vérité avec toute la succession d’obsessions qui ont hanté la petite fille qui faisait “subir quelques sévices» à ces poupées et qui elle pose la question «Combien de poupées ai-je enterrées ? …».

Ni dénuée de sentiments, ni inhumaine, ni barbare, cette femme qui a caché une grossesse durant neuf mois, pour ensuite se débarrasser du nouveau-né et le … placer dans le congélateur. C’est une personne qui s’est laissée modeler par une mère seule, pour laquelle elle a été «un obstacle …une épine dans son pied», par le mari qui «l’a construite, transformée», pour devenir par la suite, à l’âge adulte cette mère coupable d’infanticide.

Créature qui « a froid dans ses souvenirs » . Être blessé, éclopé de la vie, elle commet l’irréparable .La cellule, unique lieu, pour s’acquitter d’une dette commise non pas envers la société mais envers sa chair et son sang : «Tout le reste de ma vie n’a été que le chemin qui me menait là, et je l’ai vécu en attente, en attente de la chute…» Roman abrupt qui décrit la souffrance dans ce qu’elle a de plus sombre, de tragique, d’effroyable et de poignant «Je veux que tu me juges … que tu saches enfin à quel point tu a eu raison de me haïr…Je veux que tu sortes indemne de cette histoire» écrit cette femme purgatoire pour qui la vie n’a été qu’un long purgatoire.

- Mazarine Pingeot , née en 1974, est la fille de François Mitterrand , ancien chef d’Etat Français .Elle est auteure de quatre romans dont » Zeyn ou la reconquête», “Ils m’ont dit qui j’étais” et «Bouche cousue».

“Le cimetière des poupées” de Mazarine Pingeot, Editions Sedia, collection Coup de Coeur, 140 pages, prix public 450 DA.