La dépêche de kabylie ; 12 mai 2008 ;
“Vers l’orient compliqué”
Vers l’orient compliqué est l’intitulé du nouvel ouvrage du journaliste Antoine Sfeir, sorti en France aux éditions “Grasset “et réapparu, dernièrement, aux éditions “Sedia”, à Alger.
Ce poignant livre de 191 pages relate les causes pour lesquelles les Américains ont envahi l’Irak.
Il débute son livre par une question : "Pourquoi les Américains sont-ils allés en Irak ? Ou plutôt : pour quelles vraies raisons – étant entendu que tous les motifs invoqués (armes de destruction massive, etc) apparaissent, depuis longtemps, bien caducs ?". Pour Antoine Sfeir, l’affaire est claire : les Américains ont déclenché cette guerre afin de briser les nations arabes et de hâter l’avènement d’une multitude de micro-Etats fondés sur des communautés (chiite, kurde, maronite, alaouite, chrétienne, sunnite).
On l’observe déjà avec la tripartition de fait de l’Irak ; on le constate également avec le Liban et demain, la Syrie. Cette stratégie — affaiblir le monde arabe, l’émietter, face à la puissance israélienne — serait, d’après les théoriciens de Washington, la seule façon de sécuriser l’approvisionnement pétrolier des Etats-Unis. Mais, si tel est le constat, le chemin a été long pour y parvenir. D’où l’intérêt majeur de ce livre extraordinairement pédagogique : raconter (brièvement) la genèse séculaire des enjeux dans cette région cruciale.
De la naissance d’Israël à celle du parti Baas, de la pensée des "Néo-cons" à la stratégie anglaise, puis américaine, du nationalisme nassérien à l’Iran des mollahs, tout est ici résumé, éclairé, analysé — de telle sorte que le profane peut enfin comprendre ce qui se mijote dans cette partie du monde. Un ouvrage limpide et fort utile. Une démonstration qui s’adresse aux spécialistes aussi bien qu’au simple curieux qui ne comprend pas toujours ce qu’on lui raconte sur les médias.
Le point culminant, la démonstration de l'auteur tend vers une thèse, l'expression d'un faisceau de présomptions, sur le pourquoi de la guerre en Irak, dans un réel effort plus large, plus dense. La raison intrinsèque de l'engagement américain en Irak et des menaces sur l'Iran, n’a trait ni aux hypothétiques armes de destruction massive, ni même au pétrole — bien que ce dernier élément ait sans doute pesé. Le plus étonnant dans ce déroulement, c'est que les Américains, loin de manquer leur objectif, sont en train de l'atteindre... Le seul doute qui m'empêche d'adhérer totalement, c'est la propre subjectivité présupposée de l'auteur.
