La nouvelle république ; 18 juin 2007 ; Hassina A.

Autour d’un roman inaugural

Écrivain français s’étant fait connaître depuis les années 1970, plus précisément 1973, avec la sortie de son premier roman Le Pitre, François Weyergans en a écrit plusieurs autres, avec un succès plus ou moins important pour certains contrairement à d’autres. Ainsi, obtient-il le Grand Prix Renaudot en 1992 pour La Démence du boxeur, le Grand Prix de la langue française en 1997 pour Franz et François et enfin le Prix Goncourt en 2005 pour Trois jours chez ma mère.

Pour les autres Berlin mercredi, paru en 1979, Les figurants en 1980, Macaire le copte en 1981, Le radeau de la méduse en 1983, La vie d’un bébé en 1986, Je suis écrivain en 1989 et Rire et pleurer en 1990, point de prix, si ce n’est cette reconnaissance du public qui, sans doute, pour un écrivain, vaut toutes les récompenses.

Paraissant en 2005 en même temps que Salomé, un roman terminé il y a plus de 20 ans mais dont la parution a été retardée par l’auteur pour des raisons, quelque part, personnelles, Trois jours chez ma mère est un roman qui sent très fort le récit autobiographique. Or, il ne l’est pas -du moins pas entièrement- «En fait, il n’y a que moi qui sait ce qui est vrai dans ce roman et ce qui est faux», explique l’écrivain, ajoutant que «c’est fait sciemment pour jeter le trouble dans l’esprit du lecteur». Un petit jeu auquel il s’adonne avec un malin plaisir, du début jusqu’à la fin de son roman et auquel le lecteur est pris avec la même facilité. «Dans le train, il colla sa tête contre la vitre et aperçut en surimpression, flottant au milieu d’un décor de broussailles, un visage blême et crispé, le sien, avec son front reconnaissable, haut et dégarni, ses paupières gonflées et sa bouche aux lèvres minces. Il eut envie de se dire à lui même: «Qu’est-ce que je peux faire pour toi? » Ce visage si près du sien lui inspirait une profonde sympathie».

Nuit après nuit, un homme très perturbé se protège en évoquant son passé - tant de voyages, tant de rencontres amoureuses qui restent obsédantes. Sa mémoire lui donne le vertige. Ses souvenirs l’aideront-ils à aller mieux ? Il s’invente une série de doubles qui mènent une vie sentimentale tout aussi agitée que la sienne. Il voudrait aller rendre visite à sa mère. Elle vit seule en Provence et aura bientôt quatre-vingt-six ans. Il a d’abord un travail à finir. Sa mère lui déclare : «Au lieu d’envoyer des fax à ta dizaine d’amoureuses, tu devrais publier un livre sinon les gens vont croire que tu es mort», lit-on en quatrième de couverture. Le ton est vite donné.
Style agréable et écriture fluide et dépoussiérée, Weyergans a réunis tous les ingrédients entrant dans la «confection» d’un bon roman.

Résultat : dès qu’on y met le nez, c’est tout notre être qui est happé dans cette histoire qui se déroule comme un film de cinéma. En bon scénariste et auteur de plusieurs scenarii, l’auteur se défend d’écrire roman et histoire cinématographique dans le même état d’esprit mais pour nous, peu importe, du moment que la même rigueur d’écriture est respectée dans l’un comme dans l’autre. D’ailleurs, au registre 7e art, François Weyergans - après avoir été critique au Cahiers du cinéma - a réalisé plusieurs courts métrages (dont un sur Jérôme Bosch), un téléfilm (sur Baudelaire), trois longs métrages (dont Maladie mortelle et Couleur chair) et mis en scène l’opéra de Wagner (Tristan und Isolde).

Après cinq ans de silence, Weyergans, a signé un retour tonitruant mais il avouera avec beaucoup d’humour que vu son âge - il a 66 ans - et les quatre projets de romans qui se bousculent dans sa tête, il a «intérêt à faire un peu plus vite que pour le dernier».
La conférence de presse s’est terminée par une série de dédicaces pour les journalistes, en attendant celle qui aura lieu, aujourd’hui, à partir de 14h30 pour le large public, à la librairie du Tiers-Monde.
A noter que la collection Laurier se veut bilingue et a pour objectif de mettre à la portée du lecteur algérien des auteurs ayant reçu des prix littéraires à l’étranger, à des prix accessibles (600 DA).
Mlle Radia Abed, directrice générale des éditions Sedia, a également expliqué, lors de la rencontre d’hier, qu’après Weyergans, seront publiés Les Ames grises de Philippe Claudel et Marylin, dernière séance de Michel Schneider, successivement en octobre et novembre prochains.