Algérie New ; 23 avril 2008 ; S. Khatibi

Grand Moyen-Orient ou Moyen-Orient d’Amérique

Depuis la chute de l'Empire ottoman, jusqu'à la fin de la moitié de la deuxième décennie du XXè siècle, la zone de l'actuelle Moyen Orient n'a cessé, de plus en plus, d'attirer l'attention des Occidentaux, la France et la Grande Bretagne d'abord, les Etats-Unis plus tard, en faisant la cible incontournable de maints conflits stratégiques.

Antoine Sfeir, journaliste et grand spécialiste de Proche et Moyen- Orient, tente, à travers son essai intitulé «Vers l'Orient compliqué », réédité récemment par Sedia (Alger), de revenir sur le parcours historique de cette zone, qualifiée souvent de «chaude». Il révèle les différents aspects des crises régionales qui ont ébranlé sa stabilité et métamorphosé ses frontières. Il en étudie les enjeux immédiats, se référant surtout à deux événements majeurs: primo, l'instauration de l'Etat hébreu, à la suite des accords Sykes-Picot, puis la Déclaration Balfour (1917) qui étaient derrière le déclenchement de deux guerres décisives; celle de 1967, dite «Guerre des six jours» et celle de 1973 qui a soulevé la question de la nécessité de l'Union de l'Oumma (la nation) arabe, ; secundo, les attentats du 11 septembre 2001 qui ont servi de prétexte aux idéologues de la Maison Blanche pour leur concept du «Grand Moyen-Orient» qui vise, premier lieu, à remodeler la géographie de cette région du monde, qui va de l'Egypte jusqu'à l'Iran,accusée de soutenir l'intégrisme et le terrorisme ..

Tout au long des 163 pages de cet essai, l'auteur remonte dans l'histoire, jusqu'au début du siècle précédent, reprenant l'expression d'André Malraux qui «Le XXI e siècle sera religieux ou ne sera pas », avançant, progressivement, vers la période contemporaine, explicitant les conditions qui ont entouré l'Instauration de l'Etat d'Israël, mettant l'accent sur le rôle des Etats- Unis, (voir la célèbre déclaration du Président Harry Truman, justifiant ses positions pro- israéliennes auprès d'ambassadeurs américains en poste dans les capitales arabes: "Je suis désolé de répondre à des centaines de milliers d'Américains qui se soucient du succès du sionisme. Je n'ai pas des centaines de milliers d'Arabes parmi mes électeurs" (p 43).

Même si les juifs étaient minoritaires aux Etats-Unis, néanmoins leur comportement politique a été marqué par une participation électorale massive, une forte discipline de vote et une organisation remarquable en groupe de pression, L'auteur n'hésite pas à avancer l'hypothèse qui propose que l'Instauration de ce nouvel Etat, longtemps voulu par la Maison Blanche, avait son utilité en cas de conflit, au moment de la guerre froide, avec l'Union Soviétique. Mais Antoine Sfeir aborde aussi la qualité des différentes relations qui liaient l'Oncle Sam aux différents pays de la région, à l'instar de l'Arabie Saoudite, rapports basés surtout sur des partenariats commerciaux, économiques et financiers. Ainsi les deux pays classés «Axe du mal», en l'occurrence l'Iran et l' Irak voient le projet de leur invasion , envisagé quelques mois avant même l'arrivée à la présidence de G.W. Bush, projet confirmé, après la parution du rapport " Reconstruire la défense de l'Amérique: stratégie, forces et ressources pour un nouveau siècle" rédigé par le PNAC "Project for the New American Century" fondé par certains "faucons" de la Maison Blanche, notamment Dick Cheney, Ronald Ramusfeld, Paul Wofwitz et Richard Perle, qui incitent à renverser le régime de Saddam Hussein, ce projet qui devait considérablement creuser le budget américain et coûter encore, dans le but d'établir la sécurité interne, quatre milliards de dollars par mois.

En conclusion, Antoine Sfeir s'interroge sur les véritables objectifs initiés par l'administration Bush "compliquée" qui se cachent derrière le lancement de la notion "Grand Moyen Orient" qui demeure encore confuse, sous prétexte, de la mise en place des fondements de la démocratie.

Cette administration à laquelle il s'adresse: "Si nous réduisons la démocratie au seul suffrage universel, comme les Américains l'ont fait en Irak, alors l'Irak est démocrate; l'Iran également, qui a voté 27 fois depuis l'arrivée de Khomeiny (…) Pour former des démocrates, il faut, en premier lieu, leur assurer une redistribution du savoir et leur apprendre le doute et l'apport critique; leur insuffler l'idée essentielle que toute liberté s'accompagne de responsabilité et, avant tout, sans doute celle de la citoyenneté".