La dépêche de Kabylie ; 15 mai 2010 ; Kassi D.

“On construit un imaginaire hostile à la femme”

"Il n’y a pas de civilisation sans mixité, et sans mixité, il n’y aura pas de civilité”, clame sur un ton tranchant Wassyla Tamzali, lors du café littéraire qu’elle a animé vendredi dernier à la Maison de la culture de Bgayet devant une assistance nombreuse nettement impressionnée par l’ascendant moral et intellectuel de l’oratrice féministe qu’elle exerce aisément sur celle-ci.

“Le féminisme est venue remettre en cause la domination de la société par les hommes”, a-t-elle ajouté comme pour exprimer l’urgente nécessité pour la femme algérienne de conquérir sa liberté et sa dignité bafouées par l’indécrottable système patriarcal caractérisant fortement et néanmoins honteusement notre société.

Wassyla s’offusque qu’il y ait trop d’obstacles dressés sur les chemins menant à la libération de la femme. “Même les rues et nos quartiers appartiennent aux hommes, ce qui construit un imaginaire hostile à la femme”, remarque-t-elle. La religion musulmane n’est pas épargnée, puisqu’elle est invoquée comme facteur par le biais duquel on dépossède la femme de ses droits. “Il y a un grand problème d’obéissance aux règles de l’Islam”, déplore-t-elle encore. L’école et la mosquée sont également clouées au pilori. “A l’école, on ne respecte pas la liberté des enfants, on formate plutôt leur esprit, et la mosquée est devenue un lieu où l’on déverse un discours haineux envers la femme”, clame-t-elle sans hésitation.

Selon elle, partout les femmes sont en danger. “Le harcèlement sexuel est devenu la règle dans les entreprises”, dit-elle, ajoutant que ce n’est nullement le voile qu’elles portent qui leur épargnerait cette souillure. “Plus il y a de femmes voilées, plus il y a de violence à leur égard”, nous surprend-elle. Elle explique que si auparavant on a donné les femmes au FIS (Front Islamique du Salut), maintenant, on les a données en pâture à toute la société. Ceci provoquera comme conséquence toute la violence barbare qu’ont subi les femmes travailleuses de Hassi-Messaoud en 2001 et tout récemment encore, en avril 2010. “Voilà comment on a laissé s’exercer la haine des hommes sur les femmes”, se révolte-t-elle.

En raison de la gravité de la situation de la femme algérienne et de l’état d’asservissement dont la tient férocement le Code de la famille, Wassyla est allée jusqu’à affirmer qu’il est plus facile de se libérer du joug de la colonisation française que de conquérir la liberté de la femme. “Il nous reste encore à conquérir toutes nos libertés”, espère-t-elle malgré l’aggravation et la complication de la situation des femmes, en raison de l’islamisation des mœurs, le développement de la polygamie (0,1% en 1962 et 5,7 en en 2010) et toutes formes de violences qu’elles subissent de plus en plus. Pour elle, cette islamisation forcenée de la société n’est pas dénuée d’une arrière-pensée politique, elle se greffera à un moment de notre histoire à un courant islamiste violent et ses conséquences en seront dévastatrices.

Wassyla ciblera aussi l’Occident qui veut renfermer la femme algérienne dans un moule traditionnaliste discriminatoire à l’égard des femmes. “Il faut que vous respectiez vos traditions, n’arrêtent pas de nous dire les Occidentaux”, comme pour leur dire, pas de modernité et de progrès pour les femmes musulmanes. Le déni de liberté, de dignité et de progrès pour la femme dite musulmane est donc partout pareil. L’universalité des droits de la personne humaine n’est qu’une chimère pour les non Européennes. Dans son essai, Une femme en colère, Wassyla s’insurge contre vision ethniciste des féministes d’outre-mer. “J’ai passé beaucoup de temps, en France, en Italie, en Espagne, à essayer de convaincre, dans des débats avec certaines féministes de ces pays (pas toutes je le répète) de la nécessité urgente de récuser le discours religieux et culturaliste pour justifier la domination des femmes dites musulmanes (…) Certains droits qu’elles avaient déclarés inaliénables, comme le droit à la liberté, le droit à l’égalité, sont brusquement devenus conjoncturels. Ce qui est bon pour elles, ne le serait plus pour nous”. (p.140).

En outre, on signale que Wassyla Tamzali a dédicacé ce même livre, Une Femme en colère, à un grand nombre de lecteurs qui s’empressa de l’acquérir avec délectation.