«Mon prochain livre sera sur l'Algérie»

La nouvelle république ; 04 novembre 2006 ; Hassina A.

L'espace consacré au Café littéraire s'est, néanmoins, avéré trop exigu pour contenir l’importante assistance qui voulait prendre part aux débats autour de l’œuvre de Yasmina Khadra. Mais assis ou debout, ils sont tous restés jusqu'à la fin, c'est à dire aux alentours de 16h30.

Deux heures durant, l'auteur de A quoi rêvent les loups, Les agneaux du Seigneur, L'écrivain, L'imposture des mots, Les hirondelles de Kaboul, L'attentat ou Les sirènes de Bagdad, pour ne citer que ces quelques titres, a répondu aux questions soulevées par le public, des questions tournant essentiellement autour des deux derniers volets de sa trilogie, en l'occurrence L'attentat et Les sirènes de Bagdad.
L'attentat. Publié chez Julliard en 2005, ce roman entraîne le lecteur au cœur du conflit israélo-palestinien, à travers deux personnages, centraux, à savoir Amine, chirurgien israélien d'origine palestinienne qui a toujours refusé de prendre parti dans la lutte qui oppose son peuple d'origine et son peuple d'adoption et sa femme Sihem qu'il adore. Un jour, Tel Aviv est secouée par un attentat commis dans un restaurant par un kamikaze, faisant ainsi de très nombreuses victimes. Amine opère toute la journée les blessés. Un soir, en rentrant chez lui, il est épuisé et espère trouver du réconfort auprès de sa jeune épouse. Mais elle n'est pas là. Un coup de fil lui apprend lui apprend qu'elle est morte sur le lieux de l'attentat et qu'elle est soupçonnée d'être l'auteur de la tuerie.
Amine refuse d'y croire. Il se lance alors dans cette quête de vérité et se verra même contraint d'«écouter sans répit une vérité qu'il ne peut pas entendre».
Salué à travers le monde dès sa sortie, ce roman de Yasmina Khadra a, pourtant suscité quelques réactions hostiles dans certains cercles juifs sionistes et arabes. Avant-hier encore, Yasmina Khadra a soutenu son propos en disant : «C'est un livre qui a démythifié et désarmé Israël», ajoutant «Il faut oser faire ce que j'ai fait, c'est-à-dire écrire : «Sharon est en train de lire la Torah à l'envers».
Sujet d'une brûlante actualité, tout comme le sont les deux autres thèmes traités dans Les Hirondelles de Kaboul ou Les sirènes de Bagdad, Yasmina Khadra déclarera être un opportuniste qui a les moyens de son opportunisme «Je leur casse la gueule». A qui ? A ce monde occidental qui est en train de nous donner des leçons alors qu'il est loin d'être le parfait exemple à suivre. Pour lui, il y a des pays belliqueux, comme l'Amérique, pourtant «le Salut ne se trouve pas dans l'univers de l'animalité mais dans celui de l'intelligence».
Toujours à propos de L'attentat, Yasmina Khadra expliquera avoir «mis tous les ingrédients du côté de l'intégration». Or, «que ce soit en France ou en Israël, pour être accepté, on vous demande un reniement de soi, c'est-à-dire renier son identité, sa culture, sa religion». Chose que lui refuse catégoriquement. «Je veux être respecté pour mes idées, c'est pour cela que j'écris sur des conflits que beaucoup de gens taisent».
Auteur de près d'une vingtaine de titres sur l'Algérie, Yasmina Khadra a prouvé à travers sa trilogie, qu'un auteur pouvait aller explorer d'autres espaces, hors de son espace initial. «A travers mes livres, je prends l'Occidental par la main et je l'amène au commencement du malentendu, au plus proche de cet homme qui, un jour, décide de se faire sauter au milieu d'innocents. Je le sensibilise et lui prouve que ce monde-là ne traverse pas une crise idéologique mais politique», expliquera-t-il.
Mais après avoir parlé des conflits armés de l'heure (Afghanistan, Palestine et Irak), Yasmina Khadra avouera que son prochain roman – même s'il n'est pas encore en train de l'écrire - parlera de l'Algérie. «L'Algérie c'est mon rêve et mon cauchemar», avouera-t-il.
Malheureusement, il se dira désolé que sa famille intellectuelle le rejette encore parce qu'il a été militaire. «De nombreux intellectuels algériens m'ont exclu de leur cercle parce qu'ils refusent de concevoir qu'un écrivain soit issu de l'armée». «Il faut savoir que l'armée ne m'a pas empêché d'écrire, mais ne m'y a pas encouragé non plus».